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À propos d'argumenterre PDF Imprimer Email
Écrit par Administrator   
Lundi, 21 Avril 2008 00:06
Argumenterre est né de l’idée que la discussion des grands thèmes de l’environnement n’est pas à laisser dans les seules mains des convaincus, des détracteurs, des médias et de ceux qui en vivent. Le sujet est trop sérieux, trop global, trop universel, il nous touche tous de trop près pour être laissé à ceux qui en font leur beurre, et qui le laisseront tomber dès qu’une bonne guerre, une catastrophe ou une vedette leur permettra de traire une vache plus grasse, plus people, plus vendable. Notre planète, dont on pouvait encore croire les ressources infinies il y a moins d’un demi-siècle, est désormais pour nous un organisme fini, fragile, périssable, dont la santé chancelante nous met tous en danger. Ni la science, ni nos gouvernements ni personne d’autre n'en feront un paradis si nous ne nous mettons pas nous-mêmes, chacun selon nos moyens, à son chevet avant qu’il ne soit trop tard.
Mis à jour ( Vendredi, 16 Mai 2008 23:46 )
 
Mise au point [2/3] PDF Imprimer Email
Écrit par Argumentateur   
Lundi, 26 Mai 2008 23:14

Lutter contre le réchauffement climatique: quelles solutions?

Voitures propres, bio- et agrocarburants, nucléaire, capture et stockage du carbone, marché du carbone, efficacité énergétique, énergies renouvelables. Certaines des solutions envisagées ou déjà mises en œuvre sont aussi graves, voir pires, que le mal qu’elles sont censées combattre, d’autres sont extrêmement coûteuses, risquées ou encore loin d’être fonctionnelles et, enfin, quelques-unes sont plus prometteuses, mais souffrent curieusement d’un cruel sous-financement.

Pour mieux comprendre les questions que ces constatations soulèvent, il faudrait, comme pour concevoir un modèle de prévisions climatiques, connaître et interpréter une foule de paramètres, ce qui n’est pas une sinécure, mais nous pouvons tout de même essayer d’en cerner quelques-uns.

Enjeux

Les enjeux de la lutte contre l’effet de serre sont énormes, car cette lutte doit à l’évidence s’attaquer en priorité aux principaux émetteurs de GES, qui sont les producteurs d’énergie (24% des émissions mondiales), l’industrie (23%), l’agriculture (17%), les transports (14%) routiers (81% de ces 14%) et aériens (13% de ces 14%), la déforestation (14%) et le bâtiment (8%).

Ce qui saute immédiatement aux yeux, c’est que plusieurs de ces principaux émetteurs sont également les piliers de l’économie, dont on diagnostique en effet la santé par le prix de l’énergie et par les indices de la consommation que sont notamment la vitalité de l’industrie, les ventes de nouveaux véhicules et la construction de maisons neuves. Ces acteurs de premiers plans sont en outre étroitement liés, déjà simplement par le fait qu’ils consomment presque tous beaucoup d’énergie. Ça ne sera donc pas facile!

Solutions des gouvernements et des industries

Face à la lutte contre le réchauffement climatique, il n’est donc pas surprenant que ces acteurs favorisent avant tout des solutions qui ne mettront pas de frein à leurs activités, ni à la consommation. Ils sont prêts à investir d’énormes ressources dans les solutions de ce type puisque leur adoption leur permettrait, au moins à court terme, de continuer de croître et d’engranger des bénéfices, et de toute façon, au diable l’avarice, les coûts en seront aux bout du compte reportés sur les consommateurs, nous!

Nos gouvernements, responsables de la santé de l’économie ainsi que de notre bien-être, s’empressent d’autant plus de soutenir de telles solutions qu’elles leur donnent de meilleures garanties de réélection que des mesures restrictives qui mettraient les lobbies de l’énergie, de l’automobile et autres, ainsi que nous-mêmes, trop profondément au défi de changer nos habitudes.

  • Les véhicules hybrides sont issus de la filière de l’industrie automobile, et ceux qui préconisent leur usage oublient volontiers dans leurs calculs la facture carbone de leur construction, de la production des bio- et agrocarburants ainsi que de la production d’électricité. Néanmoins, si l’on parvient à tenir compte de ces «coûts», ces véhicules offrent, plutôt à long terme qu’à court terme, donc probablement un peu tard, un potentiel modéré de réduction des émissions de carbone, tout en permettant de ne pas changer grand chose à nos habitudes de transports terrestres.
  • La capture et le stockage du carbone (CSC), ardemment soutenue par les plus gros émetteurs – les producteurs d’électricité et les industries qui utilisent du charbon –, est une «solution» extrêmement coûteuse (elle ferait doubler les coûts de production d’électricité), qui consomme beaucoup d’énergie (20% de la production d’électricité d’une centrale) et qui pose ensuite des problèmes de transport, de sites de stockage et de sécurité du stockage à long terme, toute fuite pouvant rapidement annuler les retombées positives escomptées. Cette technologie ne serait en outre pas opérationnelle à grande échelle avant 2018 ou 2030, selon les sources, et arriverait donc trop tard (voir «Faux espoir», Greenpeace, 6 mai 2008).
  • Augmenter la part de l’énergie nucléaire. Dans le contexte des émissions de GES, le nucléaire est, ô paradoxe, promu au rang de source d’énergie propre, ce qui n’est tout simplement pas vrai, comme le précise une étude allemande. Il ne faut pas non plus oublier les coûts faramineux de construction, d’exploitation puis de démantèlement des centrales, ni ceux du traitement, de l’entreposage et de la surveillance des déchets, qui s’étaleront sur des centaines d’années au-delà de l’arrêt de la dernière centrale. Avec cela, nous n’avons pas encore pris en compte les coûts environnementaux et humains de l’extraction de l’uranium (dont les rejets de CO2), des effluents d’eau chaude des centrales, ni ceux des accidents, rares mais dévastateurs. Par ailleurs, au rythme actuel, les réserves d’uranium prouvées couvrent 62 ans de consommation, mais si on double le rythme d’ici à 2030, ce sera fini en 2050; nous aurons alors décuplé les quantités de déchets à surveiller et nous devrons encore une fois nous tourner vers d’autres sources d’énergie. Une nouvelle génération de réacteurs réputés capable d’utiliser quasiment tout le combustible nucléaire sans perte est à l’étude, et si elle devient opérationnelle rapidement, elle repoussera l’échéance. Cependant, outre la pollution et les risques liés à cette industrie, il est certains que les énormes investissements nécessaires au nucléaire réduisent d’autant les investissements dans le développement des énergies renouvelables.
  • Remplacer le pétrole par des bio- et agrocarburants. Ils réduisent les émissions de carbone, mais pas forcément de beaucoup. Entre autres parce qu’il ne remplaceront pas toute l’essence dans les moteurs à combustion, mais seulement un faible pourcentage. De plus, leur production entre en concurrence avec l’agriculture alimentaire, consomme du carburant, des pesticides et des engrais – donc intensifie les émissions de GES et autres pollutions dues à l’agriculture –, et accélère la... déforestation. Nous sommes loin d’une solution miracle, n’est-ce pas, mais au moins pourrons-nous brûler quelque chose après l’extraction de la dernière goutte de pétrole.
  • la géoingénierie, c’est-à-dire des interventions directes sur l’environnement pour séquestrer le carbone ou contrôler l’effet de serre. Des projets voient le jour, mais devant les incertitudes majeures quant aux mécanismes du climat, ce serait jouer aux apprentis sorciers que de tenter d’appliquer ce type de «solutions», même après des recherches approfondies. Par exemple, l’épandage de sulfates dans la haute atmosphère pourrait bloquer une partie des rayons du soleil et freiner le réchauffement, mais ces sulfates s’attaqueraient également à la couche d’ozone et finiraient bien par retomber en pluies acides. (Tiens, les pluies acides, ça vous rappelle quelque chose? Elles n’ont jamais cessé et continuent à faire des dégâts, même si elles sont quand même un peu moins acides que dans les années 1980.)
  • établir des quotas d’émissions et échanger des crédits dans un marché du carbone. Toute industrie ou pays qui adopte des mesures lui permettant d’abaisser ses émissions de GES en dessous des quotas qui lui sont imposés bénéficie de «crédits carbone» qu’il peut vendre à des industries et à des pays qui émettent plus de GES que leurs quotas. Le système a assez bien démarré, mais il souffre encore de quelques difficultés de jeunesse. La validation des projets proposés prend d’importants retards, et de gros pollueurs tels que les États-Unis refusent encore d’adhérer au protocole de Kyoto. De plus, on peut craindre que certaines industries préfèrent acheter des crédits, et les faire payer aux consommateurs, plutôt que d’investir dans la recherche et l’utilisation de technologies vraiment "propres".
  • augmenter la part des énergies renouvelables. Énergie solaire, géothermique, éolienne, hydraulique, marémotrice (énergie des marées), biomasse. Puisque les sources d’énergie fossile telles que le charbon, le pétrole et l’uranium ne sont pas renouvelables, ce sont bien sûr les énergies renouvelables qui ont de l’avenir. Les énergies fossiles fournissent beaucoup d’énergie tout de suite, alors que les énergies renouvelables ont a priori un moins bon rendement. Notre soif de consommation nous a donc conduit à exploiter les sources d’énergie fossile au triple galop, et dans les années 1970, au moment ou les craintes soulevées par la dépendance au pétrole se sont accentuées, les promesses du nucléaire sont venues drainer les investissements au détriment de la recherche et du développement des énergies renouvelables. Dès lors, comment s’étonner qu’elles accusent aujourd’hui encore un sérieux retard. De nos jours, le même mécanisme est en train de se réenclencher: devant le réchauffement climatique et la montée du prix du pétrole, c’est la relance nucléaire qui va se tailler la part du lion.

Chacune des solutions ci-dessus énoncées promet avec plus ou moins de chances d’atteindre ses objectifs des réductions partielles, qui ne satisferont ni les objectifs internationaux fixés par le protocole de Kyoto ni leurs échéances. Leur principal défaut, c’est qu’elles sont pour la plupart technologiques et destinées à permettre à l’économie libérale de poursuivre sa croissance. Nous tentons de soigner par encore un peu plus de technologie les maux engendrés par la technologie elle-même.

Soigner le mal par le mal

Dans le cas du réchauffement climatique, les décideurs, ceux qui aiment brasser des milliards, sont prêts à nous lancer dans de faramineux investissements dont le but est bien plus de sauvegarder notre mode de vie (et leurs bénéfices) que notre environnement. Ils proposent de tenter de maîtriser les répercussions des activités humaines plutôt qu’à les remettre en question. Ainsi, ils agissent comme le conseil d’administration d’un club d’alcooliques qui, après avoir bu chaque année un peu plus, auraient découvert que la cirrhose les menaçait tous. Au lieu de songer à cesser de boire, ils proposent les médicaments les plus chers, des opérations chirurgicales et des organes artificiels pour permettre à tous les membres du club de boire encore jusqu’à leur mort.

Pour limiter l’élévation de la température moyenne à 2°C de plus, il faudrait diviser nos émissions de GES de 50% d’ici à 2050, mais depuis qu’on en discute, de combien ont-elles déjà augmenté? Au Canada, par exemple, un pays qui s’est lancé depuis peu dans l’exploitation de ses sables bitumineux pour en tirer du pétrole, sans poser d’exigences environnementales aux exploitants, les émissions de GES ont augmenté de 25%. La croissance occidentale, ainsi que l’émergence des économies chinoises et indiennes, ont et continueront d’enfoncer le clou bien au-delà de toutes les limites «acceptables», et il en sera ainsi tant que les tendances actuelles ne seront pas revues et corrigées par de sérieuses remises en question plutôt que par des solutions technologiques boiteuses.

Mis à jour ( Vendredi, 30 Mai 2008 02:11 )